Lire Monique Wittig aujourd'hui

Evènement | 26 novembre 2009
 

AfficheColloque organisé par le groupe Marge (Lyon 3), le Centre d'Etudes Poétiques (ENS LSH) et l'équipe « Passages XX/XXI » (Lyon 2), avec le soutien de la Région Rhône-Alpes (Programme : « Culture, Patrimoine, Création » - Cluster 13)

 

Monique Wittig (1935-2003) est l'auteur d'une œuvre importante : L'Opoponax, prix Médicis en 1964, est salué par Duras, Sarraute et Simon. Suivent notamment des Guérillères (1969), Le Corps lesbien (1973) et Virgile , non (1985). Elle est reconnue et étudiée depuis longtemps déjà à l'étranger, et notamment aux Etats-Unis, où elle a vécu, écrit et enseigné à partir de 1976. En France, les enjeux de ses propositions formelles (on pense notamment à la « trilogie pronominale » : on, elles, j/e constituée par les trois premiers livres) restent à approfondir. Ce travail d'écriture est inextricablement lié à une activité militante et à une exigence théorique. Participant dès l'origine au Mouvement de Libération des Femmes, Monique Wittig défend un féminisme matérialiste et remet en cause, à partir du point de vue lesbien, la catégorie même de sexe : La Pensée straight, paru, tardivement, en 2001 en français, reprend la plupart de ses essais, et est devenu un texte de référence.

 

Lire Monique Wittig aujourd'hui, c'est interroger les rapports entre façons d'écrire, façons de parler et façons d'agir, tels qu'ils se manifestent dans ses textes même : « la seule opération politique qu'[un texte] puisse accomplir » c'est « introduire dans le tissu textuel du temps par la voie de la littérature ce qui lui tient à corps » (La Pensée straight, p. 92).

Il s'agira ainsi de revenir sur les effets produits par les textes de Wittig, pour en déployer la polysémie, condition de leur efficacité selon elle. On pourra aborder dans cette perspective les articulations internes de l'œuvre (les rapports entre versants théoriques et littéraires de l'écriture, notamment) ; on s'interrogera sur ce que Monique Wittig fait des autres textes (comment, par exemple, elle lit la littérature antérieure, le marxisme, les auteurs étrangers, le féminisme, ses aînés et contemporains du « Nouveau Roman », la sémiotique, l'anthropologie structurale ou la psychanalyse, etc.) ; on s'intéressera à des pans encore très méconnus du corpus, comme les textes dramatiques, que ce colloque sera l'occasion d'explorer.

On observera aussi ce que Monique Wittig produit aujourd'hui dans la littérature, dans la réflexion sur les genres et la théorie queer. A la suite des travaux déjà menés à l'étranger et en France, en particulier du colloque de 2001 à la Columbia University de Paris, on reviendra sur l'efficace actuelle des propositions formelles et politiques radicales de Monique Wittig (les modalités de lecture du texte wittigien, les réceptions de l'œuvre en Amérique du Nord, en France, plus largement en Europe, etc.).

Tirant toutes les conséquences de l'affirmation selon laquelle « chacun de nous est la somme des transformations effectuées par les mots » (La Pensée straight, p. 108), on multipliera les approches de ces textes dont la cohérence consiste à lier toujours création langagière, propositions sociales et politiques, redéfinition des sujets et questionnement des genres.

Ce colloque, qui se déroulera les 26 et 27 novembre 2009 à Lyon, se conçoit donc comme une invitation à lire ensemble tous les textes de Wittig (romans, théâtres, essais) et à examiner l'apport de leurs dispositifs politiques dans le tissu textuel de notre temps.

 

Avec les contributions de : Benoît Auclerc, Céline Belledent, Marie-Hélène Bourcier, Dominique Bourque, Alexandra Bourse, Natacha Chetcuti, Yannick Chevalier, Catherine Ecarnot, Anne Garréta, Audrey Lasserre, Suzanne Robichon, Namascar Shaktini, Merete Stistrup-Jensen, Noura Wedell, Sande Zeig